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Mesures de distanciation : Réflexions sur l’avenir des festivals.

« La connaissance est le début de l’action : l’action, l’accomplissement de la connaissance »
– Wang Young Ming.

Cette année 2020 arrive bientôt à sa fin. Décembre est là, et l’expérience plus grande encore après deux festivals exceptionnels au format virtuel :

Indie Game Factory (avec l’agence Lenno)

Salle de conférences INDIE GAME FACTORY – 09 octobre 2020

Evry Games City (avec l’ENSSIE et Megastory).

Plateau EVRY GAMES CITY – 22 novembre 2020

On peut s’imaginer que créer et organiser un festival au format virtuel est plus simple … Ce n’est pas la cas. Les contraintes sont différentes, et le flux de travail perd toute sa chronologie habituelle. Chaque semaine voit les plannings se modifier au gré des disponibilités des différentes intervenants. Rien n’est définitif, tout est mouvant et c’est la nature même de cette virtualité.

Là où la méthode agile prévoit des périodes de travail qui aboutissent à du délivrable, en virtuel chaque semaine est en soi un projet à part entière qui trouvera sa forme finale au fil des itérations. Tout reprendre de presque zéro et revoir les bases pour améliorer chaque itérations de travail. De semaine en semaine, le festival évolue et ne trouve sa forme finale dans les tous derniers jours.

Le travail est loin, très loin d’être virtuel !

Les délais de travail sont souvent raccourcis dans l’attente d’une confirmation et d’une faisabilité. Chaque jour est une occasion d’améliorer ce que l’on pensait définitif la veille. Pour une raison qui m’est inconnue, il est difficile de prévoir ce qui va se passer, parce qu’il est difficile de maitriser des aspects techniques qui nous échappent. Sur les festivals en présentiel, on est sur place et on fait le travail. On s’adapte en temps réel.

En version online, les festivals deviennent des projets instables dont on a une vague image mais qui ne se concrétise réellement que quelques heures avant la date fatidique.

Arrivée sur « l’île » pour le festival ANIMASIA / INDIE GAME FACTORY

On gagne en expérience, le virtuel engage les équipes à être hyper-flexibles (ou agiles si vous êtes adeptes de la méthode). Rien n’est acquis dès lors qu’on s’engage sur la voie du virtuel en ce qui concerne les festivals. Tout s’apprend sur le moment.

Après deux belles expériences, je retiens une chose. Le soutien des personnes les une envers les autres. Travailler à distance nécessite l’obligation de maintenir la bienveillance à son plus haut niveau. Rester en contact, car rien n’est facile en virtuel. Courage à toutes et tous.

Bordeaux GeekFest 2020 – Conférence virtuelle

« L’image virtuelle, c’est la machine qui voit, qui sent à votre place et vous liquide en tant qu’être actif au profit d’un être passif. »
– Paul Virilio.

Drôle d’expérience que ce Bordeaux GeekFest. On se connecte, on se balade sur une île virtuelle qui ressemble à un festival qu’on adore, on y croise même des gens à qui l’on parle … et on est sur son fauteuil en caleçon. Sur le papier, on ne saisit d’abord pas la portée de l’outil (VirBELLA) et pourtant le potentiel est là, une fois connecté.

Japan Tours avec Flex Arcade et Ludovic (Inforumatik).

« Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus forts » Conan le Barbare Friedrich Nietzsche.

Dimanche 16 mars, l’ambiance est un peu morne. L’annonce est faite, le confinement commence dès le lendemain, le 17 mars.
Vu d’ici, ça ressemblait à ces films où des portes de métal tombent avec un bruit d’aspirateur rachitique pour isoler nos héros alors qu’ils tentent de s’évader d’un énième vaisseau spatial en perdition.

Au-delà, je me préparais déjà aux coups de fil des organisateurs pour annoncer l’annulation des festivals de printemps et du début d’été. Un coup dur.

Pas tant pour les rentrées financières parce que contrairement à d’autres qui ont eu moins de chance, les festivals et l’organisation des espaces jeux vidéo ne sont pas ma ressource principale. Non, ce qui allait me manquer le plus c’était avant tout, les rencontres avec de nouveaux développeurs indépendants, revoir les potes, discuter avec les festivaliers et surtout passer du temps avec les différentes organisations pour leur préparer un espace jeux vidéo indépendants à la mesure de leurs envies. Parce que mon métier, s’il fallait le définir, c’est bien de m’adapter à chacun et d’apporter à chaque fois des nouveautés. Faire bouger les lignes pour que les créateurs indépendants puissent venir présenter leurs projets de jeux et rencontrer des festivaliers passionnés.

Et les coups de fils sont arrivés. Gamers Assembly annulée, reportée et de nouveau annulée. Stunfest, annulé. Japan Expo, annulée. On se voyait déjà prévoir des événements plus petits, avec des scènes mutualisées, moins d’exposants, mais tout autant de passion. Et au fond, revenir sur des événements à taille humaine où mes valeurs phares comme la bienveillance, la convivialité et l’écoute auraient eues encore plus leur place. Avec tout ça, les développeurs indépendants auraient eu leur mot à dire avec un sourire et leur sincérité. Parce que ce qui me touche, c’est bien la force et l’investissement qu’ils mettent à faire des jeux qui correspondent le mieux à leur vision du jeu vidéo.

Puis au bout de quelques jours est venue le besoin de réfléchir sur ce qui allait devenir indispensable maintenant que la crise du Covid-19 était passée par là. Repenser les espaces jeux vidéo indépendants sur lesquels je travaille pour aller vers je l’espère, plus de sens.

Premièrement et c’est essentiel, remettre le joueur et son expérience au cœur de mes préoccupations. Comment faire kiffer les joueurs, comment leur apporter du neuf ?

Deuxièmement, comment faire pour que les créateurs de jeux vidéo indépendants ayant pour certains traversé tout le pays, voir même une frontière (je pense à l’ami Gabriele, créateur italien du jeu Fly Punch Boom ou les belges de chez Maratus) trouvent leur compte à venir présenter leurs jeux ?

Troisièmement, comment faciliter l’accès aux conférences de plus en plus nombreuses que j’ai le plaisir d’animer avec de nombreux intervenants sur les scènes dédiées des festivals afin de les rendre plus participatives avec les festivaliers mais aussi un tout nouveau public, celui qui est devant son ordinateur et en ligne ?

Début de réponse au prochain épisode.